Écrit le 30 juillet 2025 - 264 vues
Avec Compassion, Pascal Mulot livre un album instrumental intense et profondément humain. Entre groove maîtrisé et poésie sonore, le bassiste français redonne à son instrument toute sa voix.
Il y a des albums qui vous happent dès les premières notes, sans prévenir. Compassion, le dernier projet de Pascal Mulot, fait partie de ceux-là. Sorti en avril 2025, il marque le retour d’un des bassistes les plus brillants – et pourtant discrets – de la scène française. Trente ans après ses débuts solo, Mulot signe ici une œuvre aussi aboutie que touchante.
Ceux qui connaissent Purple Eyes, Bass & Love ou encore Tsar Bomba retrouveront des couleurs familières : un sens aigu de la mélodie, une technique irréprochable, un goût pour la fusion des styles (rock, jazz, funk, métal). Mais dans Compassion, tout cela semble filtré par une forme de sérénité. Mulot ne cherche plus à démontrer quoi que ce soit : il joue vrai.
Le résultat, c’est un disque instrumental profondément humain. Chaque morceau propose un climat, une atmosphère, un état d’âme. “Amfaits (All My Friends Are In The Sky)” ouvre l’album comme une prière en apesanteur. “Gravity” impose un groove plus tendu, presque cinématographique. Le superbe “Compassion”, titre central, fait figure de confession sans paroles. On y entend tout : l’intensité, la retenue, le vécu.
Un des sommets de l’album est sans doute la reprise de “Spain” de Chick Corea, en duo avec Patrick Rondat, déjà présent sur Tsar Bomba. La rencontre est subtile, élégante, respectueuse. Là encore, la basse ne se contente pas d’assurer le rôle traditionnel de l’instrument grave. Elle devient mélodie, harmonie, souffle. Elle prend littéralement la parole, sans dire un mot.
C’est d’ailleurs toute la force de Compassion : faire chanter la basse comme une voix intérieure. À aucun moment l’instrument ne cherche à dominer. Il s’impose naturellement, en douceur, avec évidence.
La production, assurée par Steve Prestage, est en parfaite adéquation avec l’esprit du disque. Le son est clair, ample, vivant. On sent que les prises ont été pensées pour préserver la dynamique naturelle des instruments. Rien n’est trop compressé, rien n’est artificiel. Et dans une époque où la musique est souvent surproduite, cela fait du bien.
On entend tout : les frottements, les silences, les respirations. Et cela renforce encore cette sensation d’écoute intime, presque physique.
Ce que propose Pascal Mulot avec Compassion, ce n’est pas un “album de bassiste” dans le sens démonstratif du terme. C’est un album d’auteur. Un disque sincère, sensible, maîtrisé, mais sans jamais perdre son âme. Il ne s’agit pas ici de briller, mais de transmettre.
Et ça fonctionne. On est ému, surpris, impressionné parfois, mais surtout touché. Par la sincérité. Par le choix des notes. Par l’équilibre entre la technique et la poésie.
Compassion est un album rare. Un disque qui ne cherche pas le buzz, mais qui laisse une empreinte. Qui prend son temps. Qui vous accompagne au-delà de la dernière note.
Et qui confirme une chose essentielle : entre les mains d’un vrai musicien, la basse peut devenir bien plus qu’un instrument. Elle peut devenir une voix.
À bientôt, ici ou ailleurs !
Chrys